Synthèse citoyenne des événements organisés sur le PCAET

Iroise Transition, le réseau de la transition solidaire en Pays d’Iroise a co-organisé et coordonné des actions d’initiative citoyenne dans le cadre de l’élaboration du PCAET par la communauté de communes du Pays d’Iroise.

Nos objectifs étaient les suivants :

  1. informer les citoyens qu’un Plan Climat était élaboré par la communauté de communes
  2. impliquer les citoyens dans la réflexion pour leur permettre de comprendre les problématiques territoriales
  3. impulser une dynamique de réflexion et de créativité collective sur le territoire
  4. faire remonter à la communauté de communes une synthèse de cette réflexion citoyenne.

Sommaire:

  1. La démarche
  2. La synthèse pour l’alimentation et l’agriculture
  3. La synthèse sur les transports
  4. La synthèse sur l’habitat
  5. La synthèse sur les énergies
  6. Conclusion
  7. Contributeurs

La démarche

Étape 1: Apéro-climat à Saint-Renan

  • Présentation orale du diagnostic réalisé par la communauté de communes
  • Réflexion en petits groupes sur 5 thèmes à partir de fiches-données : l’agriculture, l’alimentation, le transport, l’habitat et les énergies
  • Échanges pour retenir des propositions citoyennes à faire remonter

Étape 2: Participation aux ateliers climat organisés par la communauté de communes

  • Participation de citoyens du réseau

Étape 3: Première synthèse en interne

  • choix d’un focus sur l’agriculture et l’alimentation pour aller plus loin dans la réflexion et affiner les propositions à faire remonter
  • choix d’inviter les Jeunes Agriculteurs pour favoriser les échanges entre producteurs et consommateurs en vue d’une compréhension réciproque
  • choix des thèmes évoqués comme « pistes » lors des ateliers à la communauté de communes :
    • La méthanisation
    • les circuits-courts
    • la formation et l’installation des jeunes agriculteurs
    • la relation agriculture/environnement
    • la diminution de la consommation de viande
    • l’alimentation dans les cantines
  • Rédaction de fiches pour le travail en groupes

Étape 4: Apéro-climat n°2 à Portsall avec un focus sur l’agriculture et l’alimentation

  • Présentation du contexte
  • Réflexion en petits groupes
  • Restitution collective et échanges pour une mise en commun des proposition à faire remonter

Étape 5: Synthétisation

  • Rédaction d’une synthèse citoyennes
  • Relecture et signatures si accord

La synthèse pour l’alimentation et l’agriculture

Les citoyens ont retenu 2 axes sur lesquels il semble intéressant de travailler. Axes de travail :

  1. Développer le local et les circuits courts
  2. Poursuivre et développer l’amélioration des pratiques agricoles

Propositions pour l’axe 1 : Développer le local et les circuits-courts

Les objectifs de cet axe sont:

  • permettre une juste rémunération des agriculteurs
  • éviter les déplacements de marchandises et de personnes,
  • éviter d’importer des aliments que l’on sait produire,
  • converger vers plus d’autonomie alimentaire du territoire.

Freins identifiés

  • Les consommateurs ne veulent pas multiplier leurs déplacements en allant chercher la viande à un endroit, les légumes à un autre….c’est ce qui fait, en partie, le succès des supermarchés.
  • Les consommateurs ne sont pas tous prêts à payer plus cher un produit local s’il peuvent le trouver moins cher en grande surface.
  • Il existerait des zones dans lesquelles il y aurait une interdiction implicite d’installation de magasins de vente directe car les grandes surfaces se plaignent de la concurrence.
  • Les lieux de vente en circuits-courts ne sont pas répertoriés, pas identifiés et donc pas bien connus.
  • Les agriculteurs ont déjà un métier qui leur prend beaucoup de temps. C’est donc compliqué pour eux de s’occuper de la transformation et de la vente. Sans compter le coût d’un laboratoire de transformation.
  • Certains agriculteurs ont des contrats exclusifs avec un organisme (ex : laiterie) qui leur assure l’achat de l’ensemble de leur production. Ils ne peuvent donc pas renoncer à ces contrats pour le circuit-court (risque financier important).
  • Les coopératives sont d’accord de faire des magasins de producteurs mais leur contrat avec les grandes surfaces les empêche de se faire une marge sur la vente directe.
  • Difficulté pour les cantines de se fournir en local à cause des volumes nécessaires et des prix.
  • Le label « local » n’est pas clairement défini, ce qui peut éloigner le consommateur.

Propositions pour améliorer la visibilité de l’offre locale

  • Réaliser un inventaire des lieux de vente en circuit-court sur le territoire, mettre à jour cet inventaire au fil du temps, le diffuser sur internet.
  • Faire évoluer la loi qui empêche les agriculteurs qui font de la vente directe de mettre plus de 2 panneaux sur la route pour indiquer cette vente.

Propositions pour développer et valoriser l’offre locale

  • Intégrer des visites de fermes bio et des visites de fermes pratiquant la vente directe et aux actions d’éducation à l’environnement.
  • Élaborer un programme d’éducation populaire sur l’alimentation et le prix des aliments par des séries d’ateliers et d’accompagnements permettant de faire évoluer les pratiques :
    manger plus sain sans dépenser plus, c’est possible ; comment cuisiner pour mieux manger; comment s’alimenter local sur le territoire ; manger sain avec un petit budget
  • Aides aux ménages en situation de fragilité qui s’engagent dans une démarche de mieux se nourrir
  • Développer les magasins de vente de produits « territoriaux » :
    • mise à dispositions de locaux, par les collectivités, pour les producteurs
    • création d’un magasin de producteurs/consommateurs avec une charte : engagement des consommateurs à acheter et des producteurs à améliorer leurs pratiques
  • Soutien et accompagnement de la collectivité aux petits commerces pour développer et diversifier l’offre alimentaire en centre-ville. Les consommateurs doivent pouvoir trouver de tout si on veut que le petit commerce soit une alternative à la grande surface. Le petit commerce peut se démarquer de la grande surface en affichant et développant l’offre de produits « territoriaux ». Le soutien de la collectivité peut prendre différentes formes :
    • développer la monnaie locale pour créer des boucles (commerçants, agriculteurs, consommateurs). Héol propose actuellement une adhésion à la communauté de communes.
    • aides pour les commerces vendant du produit « territorial »
    • définir clairement le terme local ou territorial, création d’un label ?
  • Valoriser les produits locaux sur les festivals : donner une subvention plus importante aux festivals qui vont se fournir chez des producteurs locaux et qui vont assurer une visibilité de cette production locale. Inviter les agriculteurs qui font de la vente directe aux salons de la gastronomie
  • Développer les produits territoriaux dans les cantines :
    • Le bio de loin (autres pays) ne présente pas d’intérêt sauf pour des aliments non produits en France. C’est donc le développement du bio/local qui est souhaité. Le terme local devant être défini précisément.
    • passer des contrats en amont avec les producteurs afin qu’ils prévoient et adaptent leur production
    • communiquer sur le vrai prix des aliments et sur l’intérêt de se nourrir en local, prévoir des ateliers d’éducation populaire sur ce thème
  • Création d’une unité publique de regroupement des produits territoriaux, un intermédiaire non marchand, afin de pouvoir fournir les commerces et les cantines sans multiplier les fournisseurs.
  • Encadrer les contrats des agriculteurs avec les centrales ou organismes d’achat pour qu’il n’y ait plus d’exclusivité empêchant la vente directe, rechercher la complémentarité des circuits : circuits courts/exportations

Propositions pour l’axe 2 : Poursuivre et développer l’amélioration les pratiques agricoles

Les objectifs de cet axe sont:

  • développer la conversion en bio
  • diminuer l’utilisation de produits phyto-sanitaires
  • faire de la méthanisation un outil de transition
  • adapter l’offre à la demande : la consommation de viande diminue

Freins identifiés

  • Difficulté à se convertir en bio quand on a réalisé des investissements
  • Pour le lait, la production en bio est coûteuse en surface
  • Le système fait que les agriculteurs sont obligés de produire plus pour maintenir leurs revenus
  • Les agriculteurs ne voient pas comment se passer du glyphosate sans revenir à un labourage qui affecterait alors la structure des sols et accroîtrait l’érosion
  • Les agriculteurs ont également peur que de nouvelles pratiques plus vertueuses soient chronophages et nécessite de la main d’oeuvre supplémentaire
  • Plus l’exploitation est grande, plus la dépendance au glyphosate est importante

Propositions pour diminuer le glyphosate

  • Financement de la recherche, par la collectivité afin que l’alternative au glyphosate proposée par Osmobio (désherbant naturel à base de produits végétaux- il est produit en Bretagne ! ) , qui est adaptée aux particuliers, soit adaptable à la production agricole.
  • Développer la formation des jeunes et moins jeunes aux alternatives préventives (rotation des cultures, faux semis, paillage) et à la combinaison des méthodes
  • Modification de la répartition des subventions afin qu’elles soient distribuées aux exploitations qui s’engagent dans une évolution des pratiques, pour compenser le temps passé

Proposition pour développer le bio

  • Aides incitatives de la collectivité à l’installation et à la conversion en bio.
  • Création de partenariats et binômes entre agriculteurs bios et agriculteurs qui souhaitent évoluer vers une conversion.
  • Développer l’achat de bio/local dans les cantines pour inciter les producteurs et consommateurs à aller vers du bio.
  • Financements participatifs pour l’aide à la conversion et l’installation en bio.
  • Intégrer une vraie formation à l’agriculture bio dans les formations agricoles.
  • Prévoir des projets d’éducation à l’environnement dans les fermes bio : suivi à l’année

Propositions générales

  • Stopper le transfert de terres agricoles en terres urbanisées
  • Beaucoup d’agriculteurs du Pays d’Iroise partiront en retraite dans les années à venir. Il faudrait :
    • favoriser l’installation de jeunes agriculteurs plutôt que d’augmenter la taille des exploitations actuelles
    • former plus de maraîchers (augmentation de la consommation de végétaux et diminution de celle de viande), favoriser leur installation.
    • favoriser l’accessibilité aux terres agricoles à des agriculteurs qui s’engagent dans une amélioration des pratiques : développer les initiatives du type « terres de liens »
    • reconstruire massivement le bocage : avoir une politique de contrainte puisque l’incitation ne suffit pas à atteindre les objectifs

Propositions concernant la méthanisation

  • Réfléchir à l’implantation des unités de méthanisation pour qu’elles permettent, à moindre coût, de chauffer des habitations ou des granges de séchage de foin (moins de besoin en surface de terres pour les laitiers bio)
  • Encadrer le développement de la méthanisation :
    • création d’unités qui soient de la bonne taille (ni trop grandes car trop d’éloignement, ni
      trop petites)
    • veiller à ce que la méthanisation ne soit pas un prétexte à produire plus de déchets : évaluer le nombre d’unités à construire, limiter ces constructions à ce qui est nécessaire pour permettre une transition vers un territoire producteur de moins de déchets

Une partie des participants pensent que si la méthanisation est aujourd’hui un moyen de faire diminuer l’impact environnemental de l’agriculture conventionnelle, elle n’est pas une finalité ni une solution d’avenir. L’objectif étant de développer massivement une agriculture respectueuse de l’environnement. Il ne faut donc pas multiplier la construction d’unités qui ont vocation à disparaître.

La synthèse sur les transports

Le groupe qui a travaillé sur les transports a commencé par identifier les freins à une mobilité verte. Ils ont ainsi identifié : le climat, la topographie (relief), l’organisation familiale (plusieurs personnes à transporter), le matériel à transporter, les horaires.

Ils ont ensuite listé les besoins pour une mobilité verte :

  1. Développer le co-voiturage/auto-partage territoriale/auto-stop sécurisés (inscription des participants comme pour la « cabane à pouce » de Plougastel). Envisager un partenariat avec les auto-écoles
  2. Développer les transports collectifs selon deux axes : le transport intra-communal, par des petites navettes et le transport entre les communes (arrêter de concevoir uniquement une mobilité en étoile (centre/périphérie) qui ne correspond pas toujours le mieux aux besoins).
    Il est urgent de mettre en place, par exemple, un réseau de transports entre Saint-Renan et Plouzané, le technopôle. De nombreuses personnes travaillant au technopôle sont renanais ou passent par Saint-Renan et ont des horaires de travail proches.
  3. Développer les voies vertes pour relier, notamment les communes rurales entre elles. Il faut aussi améliorer la signalisation des voies vertes. Il faudrait pouvoir aller à Brest à vélo en suivant les panneaux. Créer une voie verte Saint-Renan / Plouzané pour permettre un lien avec le réseau de voies vertes qui mènent au technopole.
  4. Compléter l’offre de transport en commun existante par des offres complémentaires liées à l’offre de la métropole : une ligne St Renan/Guilers et une ligne Locmaria/Fort Monbarrey les soirs et le week end.
  5. Offre de transport en commun (type transport à la demande?) pour lier la Communauté de communes à l’aéroport, pour les avions réguliers (Brest/Paris)

Les participants pensent que voiture électrique n’est pas une solution idéale d’une part parce que les batteries ne sont pas « propres » et qu’il faut les changer et d’autre part parce que l’électricité, pour l’instant, vient encore beaucoup trop des centrales.

Les alternatives au tout-voiture seraient donc:

  • le vélo
  • le télétravail
  • des applications d’auto-partage ou de co-voiturage, non commerciales et locales
  • un réseau de transport en commun plus proche des besoins avec, notamment une adaptation aux besoins saisonniers (plages) et au travail (technopôle)

La synthèse sur l’habitat

L’habitat collectif est un mode d’habitat auquel il faudrait donner un cadre règlementaire et une politique incitative à ce mode d’habitat. Ils proposent :

  • un accompagnement de la communauté de communes pour ce type de projets,
  • lancer des projets tests.

Un accompagnement de la collectivité faciliterait le financement des projets par les banques. Ce serait intéressant de disposer d’une liste sélective d’artisans locaux travaillant en éco-habitat.

Les éco-quartiers

Les participants du groupe pensent qu’il faudrait une politique incitative à la construction  d’éco-quartiers. Il faut aussi encadrer le terme « éco-quartier » et le définir de manière précise, par des règles publiques.

La rénovation énergétique

Les anciens bâtiments vont devoir être rénovés. Il faudra prévoir un bilan énergétique avant mais aussi après la rénovation afin de vérifier le gain apporté par cette rénovation. La communauté de communes a un rôle important à jouer dans l’accompagnement de cette rénovation énergétique. Il faudrait envisager des compte-rendus individualisés.

Chaque bâtiment nouvellement construit, notamment les bâtiments publics, devrait être passif et répondre aux nouvelles normes énergétiques. Les bâtiments publics doivent être exemplaires et intégrer, voire devancer les normes à venir.

La synthèse sur les énergies

Le groupe de participants a souligné que même si l’on nous dit qu’il faut limiter la consommation des énergies fossiles ou nucléaires, les alternatives à ces énergies, qu’elles soient individuelles ou collectives, ne sont pas soutenues par la collectivité. Il y a donc un gros problème de cohérence politique, à toutes les échelles, entre le message délivré et les actes. Il est grand temps d’y remédier.

Le groupe a d’abord réfléchi à une alternative photovoltaïque et a fait deux propositions :

  • mise en place de panneaux photovoltaïques sur les toits des grandes surfaces commerciales et sur les bâtiments communaux et communautaires
  • ne plus limiter la surface destinée au photovoltaïque pour les particuliers.

Le groupe pense aussi qu’il faut encourager et soutenir l’isolation des bâtiments par une politique incitative et, développer l’information et la communication des particuliers.

La Bretagne dispose de nombreuses ressources en énergies renouvelables : vent, mer, soleil. Ces ressources sont peu exploitées et l’énergie marine ne l’est presque pas. La Bretagne a les moyens de son autonomie. Il est urgent d’agir. D’autres pays ont mis en place des politiques beaucoup plus incitatives et ambitieuses !

Conclusion

La synthèse que nous présentons ici est le fruit d’un travail collaboratif entre citoyens qui s’est étalé sur plusieurs mois (de décembre à mars). La synthèse sur l’agriculture est plus poussée que celle des autres thèmes car elle a fait l’objet d’un travail spécifique pour lequel nous avons réuni jeunes producteurs et consommateurs. L’idée d’un focus sur l’agriculture est venu suite aux ateliers climat organisés par la communauté de communes.

Les participants aux ateliers climat tiennent à préciser qu’ils ont trouvé cette démarche particulièrement intéressante. Elle permet aux citoyens de mieux connaître l’institution et les élus, d’être informés et de participer indirectement à la prise de décisions. Surtout, elle permet un travail collaboratif citoyens/élus qui rapprochent les uns des autres. Les citoyens souhaitent donc que cette initiative soit reconduite et étendue à d’autres
domaines et que les horaires des ateliers soient adaptés aux actifs. Pour la synthèse de 19 mars, nous vous tenons à votre disposition si vous souhaitez que nous fassions une présentation orale de ce travail d’initiative citoyenne.

Contributeurs (33)

  • AMMANN Jérôme
  • AUBRY Anne
  • BACCHETTA Philippe
  • BOCHER Philippe
  • BOTOREL Nadine
  • CALVARIN Vincent
  • CHAVE Guillaume
  • CONQ Michel
  • CONQ Yann
  • CORCUFF Marie-Haude
  • COURTY Colette
  • DAUGUET Anita
  • DROIT Julie
  • DROIT Martin
  • FURET Anne
  • FURET Benoît
  • JAOUEN Armelle
  • LECHAUVE Thomas
  • LETSCHER Cécile
  • LE COROLLER Anne-Laure
  • LE MEST Katy
  • NICOLAS Kristof
  • PARAGE Bruno
  • PELISSARD Patrick
  • PERCHOC Marie Christine
  • POUZOLS Alexandre
  • QUENTEL Annie
  • RINN Rahel
  • RINN Michael
  • ROUTIER BALEY Adélaïde
  • VIGNON Bertrand
  • VIGNON Catherine
  • VINCE Logann